Routes oubliées : à la découverte des anciennes nationales françaises
Sur les traces de la France des grands itinéraires
Des panneaux patinés, des tracés serpentant entre vallons, des souvenirs d’aires de pique-nique sous les platanes… Qui n’a jamais ressenti un brin de nostalgie en croisant la fameuse “ancienne Nationale 7”, la mythique route du Sud, ou en longeant une voie disparue au profit d’une autoroute flambant neuve ? Derrière leur allure discrète, les anciennes nationales françaises racontent l’histoire du pays, de ses mutations économiques, de ses vacances en famille et des territoires traversés. Aujourd’hui, à l’heure du GPS qui ignore parfois les “lentes” départementales, des milliers de kilomètres de ces ex-grandes routes vivent une seconde jeunesse, à la croisée du patrimoine, du tourisme slow, et du plaisir simple de rouler.
Des grandes routes stratégiques à l’aventure intimiste
De la Révolution jusqu'à la fin du XXe siècle, les routes nationales (numérotées N et aujourd’hui presque toutes transformées en routes départementales, symbolisées par “D”) structuraient l’Hexagone. C'est sur elles que la France a appris à voyager : Paris-Nice par la N7, Paris-Brest par la N12, Paris-Strasbourg via la N4, Paris-Toulouse avec la N20… Dans chaque région, ces axes étaient synonymes d’économie, de flux, et de rassemblement - bien avant l’avènement du tout-autoroute.
Mais la décentralisation, la démocratisation de la voiture et la multiplication des tronçons à grande vitesse ont progressivement relégué ces routes au second plan. Beaucoup ont été « déclassifiées », confiées aux départements au début des années 2000, perdant leur “N” mais pas leur charme ni leur rôle local. Aujourd’hui, il est possible d’y retrouver : des villages oubliés du tourisme de masse, des cafés à l’enseigne surannée, de vieux garages, et aussi toute une faune d’amateurs de balades routières qui privilégient la découverte à la rapidité.
Pourquoi s’aventurer sur ces anciennes nationales ?
Si la majorité des automobilistes choisit logiquement l’autoroute pour gagner du temps, parcourir les ex-grandes routes procure un plaisir unique. Mais quels sont les atouts de ces itinéraires oubliés ?
- La découverte du patrimoine : églises, ponts, châteaux, et bâtiments publics jalonnent le parcours. Ces routes suivaient les axes historiques et préexistaient souvent aux tracés modernes.
- Une circulation assagie : exit les files ininterrompues de camions et de véhicules pressés, la route retrouve son calme, propice à la contemplation et aux arrêts improvisés.
- De vraies rencontres : commerçants, habitants, routiers d’un autre temps s’y croisent et prennent le temps de discuter.
- Un tourisme “slow” : la possibilité de sortir du cadre convenu, de faire escale au pied d’un arbre centenaire ou dans un bistrot sans enseigne, voilà une formule qui reprend ses droits.
- Sécurité et pédagogie : rouler sur ces itinéraires est également une excellente leçon pour les jeunes conducteurs : gestion des croisements, anticipation sur routes étroites, prise en compte du relief…
Zoom sur quelques tracés mythiques
Pour vous donner le goût de l’aventure, voici quelques routes emblématiques à privilégier lors de vos prochains voyages, week-ends ou vacances :
- La N7 : “Route Bleue”, Paris-Côte d’Azur
Sans doute la plus célèbre. Depuis Paris, elle traverse Fontainebleau, Briare, Moulins, Lyon, Valence, Avignon, avant de finir à Menton. Surnommée « la route des vacances », elle conserve ses hôtels rétro, ses relais routiers de la grande époque. Nostalgie garantie ! - La N20 : Paris-Andorre via Orléans et Limoges
Un voyage dans le temps à travers la Beauce, les monts du Limousin, puis la montagne ariégeoise, jusqu’aux premiers lacets des Pyrénées. L’alternative pittoresque à l’A20. - La N6 : Paris-Lyon par la Bourgogne
Star des années 60-70 pour foncer vers la Méditerranée avant l’autoroute A6, elle serpente aujourd’hui à travers villages viticoles, bistrots traditionnels et paysages vallonnés. - La N12 : Paris-Brest, l’appel de la Bretagne
Passant par Dreux, Alençon, Laval et Saint-Brieuc, elle offre un itinéraire authentique pour rallier l’Ouest sans stress. - La N9 : Montpellier-Béziers-Narbonne-Perpignan
La route du soleil du Languedoc, qui regorge de souvenirs estivaux, de vignobles et d’une variété de paysages remarquable.
Bien sûr, la “légende” peut aussi se vivre sur des itinéraires secondaires : N25 dans l’Oise et le Pas-de-Calais, N113 dans le Sud-Ouest, N7 dans le Rhône, etc. Chaque région a sa (ou ses) nationale de cœur.
À la rencontre d’un héritage routier : éléments du décor
Emprunter ces anciennes nationales, c’est bien plus qu’un trajet : c’est s’immerger dans un décor vivant. Que trouve-t-on au fil du bitume ?
- Des bornes et balisages d’époque : certaines routes réservent encore des “bornes kilométriques rouges” à la silhouette arrondie, symboles d’un passé où chaque kilomètre parcouru avait son importance.
- Les stations-service de village : souvent transformées en garages ou recyclées, elles témoignent d'une époque où la route réclamait une logistique de proximité.
- Les restaurants routiers : véritables institutions pour familles, routiers et voyageurs de passage, ils renaissent peu à peu sous l’impulsion d’une nouvelle génération d’aubergistes, prônant le local et l’authentique face à la restauration rapide des aires d’autoroute.
- Les œuvres d’art routières : ponts Eiffel, viaducs en pierres, passages à niveau… Avec parfois des anecdotes captivantes, à découvrir avec les habitants.
- Des villages et paysages préservés : la route quitte les enclaves commerciales pour traverser prairies, coteaux, forêts, et centre-bourgs qui vivent au rythme des marchés.
Le retour à la mode : tendances et initiatives locales
La redécouverte de ces routes a inspiré de nombreux acteurs : offices de tourisme, associations de passionnés (telles les Amis de la N7 ou les clubs de voitures anciennes), et touristes en quête de déconnexion. On assiste ainsi à :
- Des “rallyes” ouverts à tous, en véhicules anciens ou modernes.
- La création d’itinéraires vélo-routes, d’animations estivales et de guides papiers ou numériques dédiés (histoires, anecdotes, cartes interactives…)
- L’apparition de labels « Route Patrimoine », visant à préserver la mémoire des lieux, des infrastructures, et à soutenir une économie locale durable.
- Le succès croissant des road-trips à thème : “Sur les pas d’Albert Dubout”, peintre de l’imagerie N7, ou “Sur la route des Bastides de Dordogne” via les ex-N21 ou N89.
La N7 a même inspiré chansons, films et reportages, preuve que l’attachement populaire reste vivace !
Conseils pratiques pour explorer sereinement
- Préparez votre itinéraire : Si la plupart des anciennes nationales figurent toujours sur les cartes, leur appellation locale a parfois changé (N devenant D). Pensez à consulter guides spécialisés ou sites de passionnés.
- Privilégiez la lenteur : Inutile de viser la performance ; accordez-vous des pauses, explorez petits musées et marchés, prenez le temps du détour.
- Vérifiez l’état de la route : Certaines portions peuvent être étroites, bosselées, ou serpentantes, surtout dans les zones montagneuses.
- Soignez votre véhicule : Même si la majorité des départements entretient avec soin ces tracés, l’usage fréquent d’ex-nationale par de multiples usagers impose de contrôler pneus, freins et réservoir (les stations-service ne sont pas toujours proches !).
- Respectez la signalisation : Certaines traversées de village sont limitées à 30 ou 50 km/h, la sécurité locale est à privilégier.
Profitez-en aussi pour sensibiliser vos passagers, petits et grands, à l’histoire de la mobilité française : ces routes sont autant d’occasions d’apprendre tout en se déplaçant.
FAQ – Les anciennes nationales en pratique
- Comment reconnaître une ancienne nationale ?
Outre le balisage DXXX (exemple : D7, D20), certains segments gardent une numérotation double. Sur le terrain, demandez aussi aux habitants ; beaucoup connaissent encore le nom “ancienne N…” pour désigner leur route principale. - Peut-on relier facilement deux régions uniquement en ex-nationales ?
Avec un bon GPS (option “éviter les autoroutes/voies rapides”) ou une carte papier, il est tout à fait possible de rejoindre Lyon à Marseille, Nantes à Toulouse ou Lille à la Manche sans jamais emprunter l’autoroute ! - Ces routes sont-elles adaptées aux voitures électriques ?
La densité en bornes de recharge s’améliore, mais il vaut mieux planifier ses étapes à l’avance sur les itinéraires les moins fréquentés, surtout hors grandes agglomérations. - Sont-elles ouvertes toute l’année ?
En dehors de quelques cols de montagne fermés l’hiver, la majorité des anciennes nationales sont déneigées et praticables, y compris en période estivale d’affluence.
En synthèse : une France à redécouvrir, pneu à pneu
Redonner une place à ces routes patrimoniales, c’est s’offrir un voyage dans le temps et dans l’espace. C’est (re)découvrir la France vivante des villages, s’offrir des vacances à “l’ancienne” et rendre hommage à la mobilité douce et humaine. Que vous soyez nostalgique, amateur de belles voitures, cycliste ou simplement curieux, les anciennes nationales ont encore toutes les qualités pour devenir votre plus beau terrain d’escapade.
Retrouvez nos carnets de voyage, suggestions d’étapes, portraits de villages et anecdotes historiques dans la rubrique Routes & voyages sur parentsautop.com : lâchez l’accélérateur, et osez emprunter l’itinéraire bis – car la route est belle, surtout là où le temps n’est plus pressé.