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Le point sur la réglementation européenne en matière d’émissions

Par Maxime
6 minutes

Comprendre le cadre des émissions automobiles adopté par l’Union européenne


L’encadrement des émissions polluantes et de CO2 des véhicules est devenu, en Europe, un enjeu vital pour la santé publique, l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique. Depuis près de trois décennies, la réglementation a connu de nombreuses évolutions, avec des normes de plus en plus strictes, qui concernent à la fois les constructeurs, les automobilistes et les pouvoirs publics. Pour y voir plus clair, voici un tour d’horizon de la réglementation européenne sur les émissions, ses enjeux, ses étapes clés et ses implications concrètes sur votre quotidien.


Pourquoi une réglementation européenne sur les émissions ?


Le transport routier est responsable, selon la Commission européenne, d’environ 25% des émissions totales de gaz à effet de serre (GES) de l’Union. Les véhicules particuliers et utilitaires légers représentent à eux seuls plus de 70% de ces émissions issues du transport. En parallèle, la pollution de l’air, causée principalement par les oxydes d’azote (NOx), particules fines et hydrocarbures imbrûlés, engendre chaque année des dizaines de milliers de décès prématurés en Europe.


Pour protéger la santé des citoyens et atteindre ses engagements climatiques, l’UE a donc progressivement mis en place un arsenal réglementaire, combinant normes limites (Euro 1 à Euro 6/7), objectifs CO2, quotas de vente et dispositifs de contrôle renforcés.


Les normes Euro : des seuils en constante évolution


Depuis 1992, la série des normes « Euro » définit, pour les véhicules particuliers et utilitaires neufs, des valeurs limites d’émissions pour les principaux polluants atmosphériques : CO, NOx, particules fines, HC… À chaque nouvelle étape, les seuils imposés descendent, obligeant les constructeurs à innover côté moteurs, filtrations et systèmes antipollution.


  • Euro 1 (1992) : Introduction obligatoire du pot catalytique et de l’essence sans plomb.
  • Euro 2/3 (1996/2000) : Réduction progressive des émissions totales, première prise en compte des diesels.
  • Euro 4/5 (2005/2009) : Ciblage des oxydes d’azote (NOx), généralisation du filtre à particules sur diesel.
  • Euro 6 (2014) : Limites très strictes pour les NOx (0,08 g/km pour les diesels), surveillance accrue en conditions réelles via tests RDE (Real Driving Emissions).
  • Euro 7 (attendue en 2025) : Vers un abaissement supplémentaire des seuils pour NOx, particules, nouveaux polluants (ammoniac, particules de frein/pneu) et tests étendus à toute la durée de vie du véhicule.

À noter : La conformité à une norme Euro détermine l’attribution de la vignette Crit’Air en France, qui conditionne l’accès aux ZFE (Zones à Faibles Émissions).


Objectifs de CO2 et quotas : comment les constructeurs sont incités à évoluer


Parallèlement aux limites sur les polluants, l’UE impose des plafonds très stricts sur les grammes de CO2/km émis en moyenne par les véhicules vendus par chaque constructeur. Les seuils se sont resserrés ces dernières années :


  • En 2015 : objectif de 130 g CO2/km pour les voitures particulières.
  • Depuis 2021 : 95 g CO2/km, calculés selon le protocole WLTP (cycle d’homologation plus proche des conditions réelles que le précédent NEDC).
  • Objectif 2030 : une réduction de 55% par rapport aux niveaux 2021, soit environ 43 g/km en moyenne pour les nouvelles voitures vendues.

Le non-respect de ces plafonds expose les constructeurs à de lourdes amendes (95 euros par gramme excédentaire et par véhicule vendu). Cela explique la multiplication rapide des offres électriques, hybrides, GPL, et la disparition progressive de certains moteurs thermiques.


Le contrôle des émissions en usage réel : une avancée majeure depuis 2017


Après les scandales du « Dieselgate », marqués par la découverte de logiciels truqueurs sur certains véhicules, l’Union européenne a renforcé les procédures de contrôle. Désormais, les modèles doivent prouver leur conformité aux normes non seulement en laboratoire, mais aussi lors d’essais sur route.


  • Essais RDE (Real Driving Emissions) : Mesure des NOx et particules via des tests dynamiques « en conditions réelles » (vitesse, température, dénivelé variables).
  • Surveillance accrue des mises en circulation : Les États membres et autorités indépendantes vérifient régulièrement les émissions réelles de véhicules déjà en circulation.
  • Transparence et rappels : Les constructeurs qui ne respectent pas les engagements peuvent être sanctionnés (rappels, retraits de certification, pénalités).

L’objectif : garantir que les véhicules sont propres non seulement sur le papier, mais aussi pour les citoyens dans leurs usages quotidiens.


Les implications pour les automobilistes français


Pour les particuliers comme pour les professionnels, la réglementation européenne a des impacts directs et concrets :


  • Choix du véhicule : Les modèles les moins polluants bénéficient de primes à l’achat, d’abattements sur la carte grise et de bonus/malus écologiques.
  • Restrictions de circulation : Seules les voitures Euro 4 (Crit’Air 2) ou plus récentes peuvent circuler dans certaines ZFE ; à horizon 2030, seuls les modèles Crit’Air 1 (essentiellement hybrides, électriques, et Euro 6 récents) pourraient être acceptés dans les grandes métropoles.
  • Entretien et contrôle technique : Les véhicules doivent rester conformes à leur norme Euro initiale durant toute leur vie ; le contrôle opacimétrique (fumée/diesel) s’est durci. De nouvelles vérifications (Sondes NOx, filtres à particules) arrivent à chaque évolutions des normes.

À cela s’ajoutent des incitations financières à la transition (bonus écologique, prime à la conversion, TVA réduite pour les pros...), ainsi qu’une valeur de revente impactée (certaines motorisations thermiques voient leur cote chuter avec l’approche des interdictions).


Euro 7 : quelles nouveautés à l’horizon pour 2025-2027 ?


La future norme Euro 7, attendue pour une entrée en vigueur progressive entre 2025 et 2027, va renforcer les exigences :


  • Seuils encore abaissés pour NOx (autos, VUL, poids-lourds), mais aussi intégration des émissions d’autres polluants (ammoniac, particules non-échappement issues des freins et des pneus).
  • Extension à tous les types de motorisations, y compris hybrides et électriques (pour les particules de freins).
  • Durée de conformité étendue : les véhicules devront rester « propres » sur une durée d'au moins 200 000 km ou 10 ans, ce qui encourage un entretien strict et la fiabilité des systèmes antipollution.
  • Obligation d’instruments de surveillance (capteurs) embarqués, capables d’alerter le conducteur en cas de dysfonctionnement (allumage témoin, mode dégradé…)

Ces évolutions entraîneront des coûts supplémentaires pour les constructeurs et finiront par se répercuter, au moins en partie, sur les tarifs d’achat et d’entretien… Mais la santé, l’air pur et la lutte contre le changement climatique sont à ce prix.


Que prévoit la « fin des moteurs thermiques » en 2035 ?


L’Union européenne a validé en 2023 l’objectif de zéro émission de CO2 pour les voitures et utilitaires légers neufs à partir de 2035. Cette mesure, très médiatisée, ne signe cependant pas la fin immédiate de tous les moteurs thermiques :


  • En pratique, seuls les véhicules « neufs » immatriculés à partir de 2035 devront être 100% électriques, hydrogène ou utiliser des carburants de synthèse (e-fuels à neutralité carbone si développés et acceptés par l’UE).
  • La circulation des modèles thermiques antérieurs restera autorisée sur le territoire européen (sous réserve de conformité technique et de Crit’Air !).
  • Les véhicules d’occasion, la collection, l’utilitaire spécifique (pompiers, ambulances…), pourraient bénéficier d’aménagements ou de dérogations.

Le calendrier reste progressif et sera ajusté selon l’évolution du parc, des infrastructures de recharge, ainsi que la faisabilité industrielle et sociale.


Témoignages et avis terrain : transition en marche


Vincent, conseiller environnement en région lyonnaise : « La norme Euro 6 a été un vrai tournant. En quelques années, la qualité de l’air s’est sensiblement améliorée dans l’agglo, on le constate sur la pollution en NOx. Mais la transition posera question tant que toutes les villes et zones rurales n’auront pas accès à des alternatives abordables. »
Camille, entreprise spécialisée dans la gestion de flotte : « Nous avons converti une grande partie de nos utilitaires au GPL puis à l’hybride rechargeable pour éviter les malus, mais la flotte thermique historique voit sa valeur chuter. L’anticipation reste le maître-mot, car les échéances locales ZFE varient partout. »
Yann, garagiste indépendant : « L’entretien des nouveaux systèmes (AdBlue, FAP, capteurs…) impose de bien se former et d’investir dans l’outillage. Mais certains conducteurs sous-estiment la fragilité de ces équipements et négligent leur entretien, ce qui risque de coûter cher avec le durcissement des contrôles. »

Conseils pratiques : s’adapter au mieux à la réglementation européenne


  1. Avant l’achat d’un véhicule, vérifiez sa vignette Crit’Air et la norme Euro correspondante. Anticipez leur validité dans les villes que vous fréquentez.
  2. Pour les pros/entreprises, mettez en place dès maintenant le suivi des émissions moyennes de votre flotte et privilégiez les modèles hybrides, électriques ou au gaz.
  3. Suivez rigoureusement l’entretien des dispositifs antipollution pour éviter une contre-visite au contrôle technique ou un déclassement Crit’Air.
  4. Profitez des aides à la conversion, bonus écologiques, ou exonérations fiscales là où c’est possible.
  5. Tenez-vous informé des évolutions locale/communale (entrée en ZFE, durcissement Crit’Air, prime mobilité, zones piétonnes, etc.).

En synthèse : une transition exigeante, mais de plus en plus structurée


La régulation européenne des émissions automobiles s’est construite par étapes, au rythme des alertes sanitaires et de la mobilisation pour le climat. Si le cap du tout-électrique est fixée à 2035 pour le neuf, la période de transition restera longue et nécessitera anticipation, adaptation professionnelle, formations et mobilisation de l’ensemble des acteurs, constructeurs comme automobilistes.


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